Le click and collect dans le 12e arrondissement de Paris
Le 12e est le deuxième plus grand arrondissement de Paris avec ses 16,32 kilomètres carrés, et c'est un chiffre qui ment un peu. Retirez le bois de Vincennes, qui en occupe 9,95 à lui seul, et il ne reste que 6,38 kilomètres carrés de ville pour près de cent quarante mille habitants. Autrement dit : un arrondissement dont les deux tiers sont un bois, et dont le tiers restant vit serré.
Un arrondissement dont les deux tiers sont un bois
Cette géographie en deux morceaux explique beaucoup de choses, à commencer par la façon dont on y circule. D'un côté une ville dense, faite de faubourgs anciens et de rues étroites héritées de l'époque où l'on entrait dans Paris par ici ; de l'autre un bois de près de mille hectares, où l'on va courir le dimanche et d'où l'on ne rapporte pas de courses.
Ramenée à sa seule part habitée, la densité dépasse les vingt mille habitants au kilomètre carré, et l'on comprend alors pourquoi le commerce y tient dans des locaux étroits, avec des réserves minuscules et des livraisons qui se font tôt le matin. Rien ne se stocke ici, tout se renouvelle.
Le 12e porte d'ailleurs un nom que personne n'emploie : le code général des collectivités territoriales l'appelle « arrondissement de Reuilly », et il faut chercher longtemps un habitant qui le dise ainsi. Ce qui structure vraiment le territoire, c'est la gare de Lyon, rebâtie en 1900, par où passe tout ce qui descend vers le sud-est. Un arrondissement de départs et d'arrivées, donc, avec ce que cela suppose de flux, de valises et de gens pressés.
Le faubourg où l'on fabrique
C'est ici que se joue l'identité commerçante du 12e, et elle est vieille de quatre siècles. Le faubourg Saint-Antoine est le faubourg du meuble : dès le XVIIe siècle, un millier de menuisiers et d'ébénistes y travaillent, rejoints par une foule d'artisans, et l'on y fabrique les meubles qui garnissent les hôtels particuliers de la capitale. Les cours et les passages qui percent encore les immeubles ne sont pas décoratifs : ce sont les anciennes voies de service des ateliers, faites pour laisser passer une commode.
Cette tradition ne s'est pas éteinte, elle a déménagé sous les arches 🪚. L'ancien viaduc ferroviaire qui menait à la gare de la Bastille porte aujourd'hui une promenade plantée sur son tablier, et ses arcades abritent en dessous des ateliers d'artisans : ébénistes, luthiers, doreurs, tapissiers. On y travaille derrière une vitrine, ce qui est devenu rare.
Ce détail change tout au commerce du quartier : ici, on fabrique et on vend au même endroit. Un objet fait sur mesure ne s'achète pas d'un clic pour arriver dans l'heure, il se commande puis se récupère, et souvent on repasse une seconde fois pour un ajustement. C'est un rythme que les quincailleries et les commerces de fournitures connaissent bien, eux qui servent ces ateliers depuis toujours.
Aligre six jours sur sept, Bercy et son vin
Pour le quotidien, le 12e a l'un des marchés les plus vivants de Paris. Place d'Aligre, il tient du mardi au dimanche matin, soit six jours sur sept, ce qui n'est le cas de presque aucun autre : une partie couverte, une partie à ciel ouvert, et des prix qui ont longtemps fait sa réputation. On n'y fait pas ses courses de la semaine, on y passe. La différence est de taille pour un commerçant : la clientèle revient trois fois plutôt qu'une, et elle achète peu à chaque passage 🧀. C'est le régime des fromagers et des commerces de bouche, dont le produit ne se stocke pas quinze jours.
À l'autre bout de l'arrondissement, Bercy raconte l'autre histoire commerciale du 12e : celle du vin 🍷. Ses entrepôts recevaient les tonneaux qui arrivaient par la Seine et par le rail, et l'on y goûtait, jaugeait, revendait à l'échelle de Paris entière. Les chais ont laissé place à autre chose, mais le quartier a gardé de cette époque ses pavés, ses arbres et une certaine idée de ce qu'est une bonne bouteille. Les cavistes y ont un terrain historique, et accorder un vin à un plat est une conversation qu'on y tient sérieusement.
Ce que l'atelier change à la commande
Il y a un fil entre l'ébéniste, le fromager et le caviste du 12e, et ce fil est le même que celui du click and collect. Dans les trois cas, ce que vous achetez a été préparé pour vous : une pièce ajustée, une coupe faite au moment, une sélection montée selon ce que vous servez. Rien de tout cela ne supporte l'attente sur un trottoir, ni l'à-peu-près d'un panier constitué par quelqu'un d'autre.
Commander à l'avance et passer prendre n'est donc pas un raccourci moderne plaqué sur un vieux quartier. C'est exactement ce que le faubourg fait depuis quatre siècles, avec un formulaire à la place d'un carnet. Un artisan parisien du cookie mi-cuit nous racontait la même chose : ce qui sort du four à l'heure dite ne peut pas attendre qu'on vienne peut-être 🍪.
Il y a une contrepartie, et tout commerçant du quartier la connaît. Un artisan qui s'interrompt à chaque personne qui pousse la porte ne finit jamais ce qu'il a commencé, et une boutique de bouche qui découpe à la demande ne peut pas servir six clients à la fois sans en faire attendre cinq. La commande passée à l'avance ne remplace pas cette relation, elle lui rend du temps : le travail se répartit sur la journée au lieu de s'entasser sur deux heures, et la personne qui pousse la porte est attendue. C'est très exactement ce à quoi sert Heustach, et rien d'autre.
Commander dans le 12e, puis passer prendre
Le principe tient en trois gestes. Vous choisissez chez un commerçant de l'arrondissement ou des quartiers voisins, vous réglez en ligne ou en caisse selon ce qui est proposé, puis vous passez récupérer à l'heure convenue. C'est tout ce qu'Heustach fait, et c'est volontaire. Aucun intermédiaire ne s'interpose et aucune commission ne gonfle l'addition. Et si le commerçant propose en plus de livrer lui-même, c'est lui qui en fixe le tarif et qui l'encaisse en entier.
Dans un arrondissement où l'on se déplace à pied, en vélo ou en métro, cela règle un problème très concret. Vous ne portez pas vos achats plus longtemps que nécessaire, vous ne faites pas la queue à l'heure où tout le monde sort du bureau, et vous ne découvrez pas en arrivant que la dernière pièce est partie. Le créneau que vous choisissez est celui qui vous arrange, pas celui qu'un algorithme vous laisse.
Pour celui qui vend, c'est le même geste vu de l'autre côté du comptoir, et c'est le pari d'Heustach : une vitrine en ligne sans abonnement, sans engagement et sans frais d'inscription, facturée 0,25 € HT par commande payée en ligne et rien du tout quand le client règle en caisse. Le commerçant garde ses clients au lieu de les louer, et notre page commerçant l'explique poste par poste.
Un quartier qui a passé quatre cents ans à faire des choses sur commande n'a pas grand-chose à apprendre de la vente à emporter. Il lui manquait seulement la vitrine qui le dise à ceux qui passent devant sans entrer. Reste à voir ce qui se prépare à trois rues de chez vous, et cela se vérifie en deux minutes.







