Le click and collect dans le 19e arrondissement de Paris

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Pendant plus d'un siècle, une bonne part de ce que Paris mangeait et buvait est entrée par ici. Le 19e n'est pas devenu commerçant par hasard ni récemment : il l'a été avant d'être parisien, du temps où la ville s'arrêtait un peu plus bas et où l'on payait une taxe pour franchir la limite. Tout ce que l'arrondissement est aujourd'hui découle de cette fonction-là.

Par où Paris se ravitaillait

La géographie du 19e est celle d'un point d'entrée, et elle a été dessinée pour ça. Bonaparte décrète en 1802 le creusement du canal de l'Ourcq, achevé en 1837, pour apporter à Paris l'eau qui lui manque et, accessoirement, les marchandises qui remontent avec. Le bassin de la Villette, creusé de 1806 à 1809, en est le point d'arrivée : un plan d'eau au milieu de la ville, bordé d'entrepôts, où l'on décharge le grain, le bois, le vin, le plâtre.

À quelques centaines de mètres se tient encore la Rotonde bâtie par Claude-Nicolas Ledoux entre 1782 et 1789. Ce n'était pas un monument mais un bureau : une barrière d'octroi du mur des Fermiers généraux, où l'on taxait tout ce qui entrait dans Paris. Le mur a été abattu en 1854, la Rotonde est restée, et avec elle l'idée qu'ici, on pèse, on compte et l'on négocie ce qui passe 🚢.

Cette histoire n'est pas décorative pour un commerçant d'aujourd'hui. Un quartier qui s'est construit autour de l'approvisionnement a gardé des rues larges là où il fallait faire tourner des charrettes, des cours profondes là où il fallait stocker, et une clientèle qui n'a jamais trouvé bizarre d'aller chercher elle-même ce qu'elle achète.

Cent huit ans de viande

Le 1er janvier 1867, les abattoirs de la Villette ouvrent ; le marché aux bestiaux suit le 21 octobre de la même année. Pendant cent huit ans, jusqu'à leur fermeture en 1975, c'est ici que la viande de Paris arrive vivante et repart découpée. Des milliers de personnes y travaillent, et tout un vocabulaire, tout un rythme de journée, toute une manière de traiter le produit s'installent dans le quartier.

Il n'en reste aucune halle en activité, mais il en reste une exigence. Dans un arrondissement qui a vu passer cette quantité-là, on sait à quoi ressemble une belle pièce, et l'on n'achète pas sa viande n'importe comment. C'est un héritage encombrant et précieux pour les bouchers et les commerces de viande : la clientèle connaît, elle commande à l'avance ce qui demande de la préparation, et elle revient si la coupe est juste. Le choix du barbecue se discute d'ailleurs ici avec le même sérieux que celui du morceau 🔥.

Il en reste aussi des horaires. Un marché aux bestiaux se tient à l'aube, et le commerce de bouche a gardé de cette époque des journées qui commencent quand la vôtre n'a pas encore commencé et se terminent avant que vous ne rentriez. C'est le décalage le plus banal du commerce de proximité, et le plus coûteux : le commerçant est disponible aux heures où vous ne l'êtes pas. Un créneau de retrait choisi à l'avance est précisément ce qui réconcilie les deux emplois du temps, sans demander à personne de changer les siens.

Ce que les carrières et les abattoirs ont laissé

Le 19e a cette particularité d'avoir recyclé ses friches en parcs plutôt qu'en immeubles. Les Buttes-Chaumont, inaugurées le 1er avril 1869, occupent d'anciennes carrières de gypse sur près de vingt-cinq hectares ; le parc de la Villette, une cinquantaine d'hectares, a pris la place des abattoirs. Deux respirations rares dans un arrondissement qui compte près de cent quatre-vingt mille habitants sur 6,79 kilomètres carrés, soit plus de vingt-six mille au kilomètre carré.

Cette densité décide de tout, côté commerce. Les logements sont petits, les réserves inexistantes, les frigos étroits : on achète pour deux ou trois jours, pas pour la semaine, et l'on y revient donc plus souvent qu'ailleurs. Les parcs jouent leur rôle dans l'affaire : on y descend le samedi, on y pique-nique, on y traîne, et le trajet passe forcément devant des commerces. Le panier se décide en chemin bien plus qu'à la maison.

Belleville, et ce qu'on n'y trouve pas ailleurs

Le haut de l'arrondissement bascule vers Belleville, et l'on change alors de registre sans changer de sujet. C'est l'un des endroits de Paris où l'on mange le plus de cuisines différentes dans le moins de mètres : boutiques d'Asie du Sud-Est, épiceries du Maghreb, produits d'Europe de l'Est, et des rayons où l'on trouve des ingrédients introuvables à trois stations de là 🥟.

Pour qui vend, c'est un contexte particulier. La clientèle sait exactement ce qu'elle cherche, elle compare, et elle se déplace volontiers pour un produit précis. C'est le terrain des traiteurs et des plats préparés, dont la commande se passe la veille pour une table du lendemain, et celui des primeurs, qui vendent ici des produits que les grandes surfaces ne référencent pas. Voyager par la cuisine est une pratique quotidienne dans ce quartier, pas une sortie exceptionnelle.

Ce genre de commerce a tout à gagner à être trouvable avant qu'on ne pousse la porte. Vous ne savez pas toujours si la boutique tient encore ce que vous cherchez, ni à quelle heure elle ferme, et une vitrine en ligne répond à ces deux questions sans que personne ait à décrocher son téléphone. C'est le service minimal que rend Heustach, et il n'est pas si mince : bien des achats ne se font pas faute d'information, jamais faute d'envie.

Commander dans le 19e, puis passer prendre

Le principe tient en trois gestes. Vous choisissez chez un commerçant de l'arrondissement ou des quartiers voisins, vous réglez en ligne ou en caisse selon ce qui est proposé, puis vous passez récupérer à l'heure convenue. C'est tout ce qu'Heustach fait, et c'est volontaire. Aucun intermédiaire ne s'interpose et aucune commission ne gonfle l'addition. Et si le commerçant propose en plus de livrer lui-même, c'est lui qui en fixe le tarif et qui l'encaisse en entier.

Dans un arrondissement aussi dense, l'intérêt est d'abord une question de minutes. Vous ne faites pas la queue le samedi matin quand tout le quartier a la même idée que vous, vous ne remontez pas trois rues pour apprendre qu'il ne reste plus rien, et vous ne portez pas vos sacs pendant la promenade que vous aviez prévue après. Le créneau que vous choisissez est celui qui vous arrange, et le commerçant vous attend à ce moment-là.

C'est aussi ce qui change le plus pour lui. Une commande connue à l'avance se prépare pendant les creux au lieu de s'entasser sur deux heures, ce qui compte double quand le produit demande du travail : une découpe, une cuisson, un assemblage. Le commerçant travaille alors sur du prévu plutôt que sur du probable.

Pour celui qui vend, c'est donc le même geste vu de l'autre côté du comptoir, et c'est le pari d'Heustach : une vitrine en ligne sans abonnement, sans engagement et sans frais d'inscription, facturée 0,25 € HT par commande payée en ligne et rien du tout quand le client règle en caisse. Le commerçant garde ses clients au lieu de les louer, et notre page commerçant l'explique poste par poste.

Un arrondissement bâti pour faire entrer dans Paris ce dont Paris avait besoin n'a rien à apprendre sur le fait de venir chercher soi-même. Il lui manquait seulement de savoir, avant de sortir, ce qui l'attend au bout de la rue. Cela se vérifie en deux minutes.

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