Le click and collect à Rennes, entre l'Ille et la Vilaine
Rennes est née d'une confluence. L'Ille descend du nord, la Vilaine la traverse d'est en ouest, et les deux se rejoignent au pied du centre historique : le département leur doit son nom, ce qui est une façon assez rare d'être baptisé par sa propre géographie. Préfecture d'Ille-et-Vilaine et capitale administrative de la Bretagne, la ville a grandi sur ce carrefour d'eau et de routes, et elle en a gardé l'habitude d'être autant un lieu de passage qu'un lieu de vie.
Une ville qui a brûlé, et qui s'en souvient dans ses façades
Dans la nuit du 22 au 23 décembre 1720, un incendie part d'une échoppe du centre. Il brûle six jours, emporte près de neuf cents maisons et efface une bonne moitié de la ville ancienne. Ce qui a suivi explique à peu près tout ce qu'on voit aujourd'hui en levant les yeux : l'architecte Jacques Gabriel redessine les quartiers détruits en damier de granit, rues larges et rectilignes, façades ordonnées au cordeau, pendant que les ruelles épargnées gardent leurs maisons à pans de bois, penchées et colorées, dont il subsiste près de trois cents.
Rennes est donc deux villes emboîtées, et l'on passe de l'une à l'autre en trois pas. D'une place classique et sévère à une ruelle médiévale, sans transition et sans prévenir. Le commerce épouse exactement ce découpage : les vitrines larges d'un côté, les boutiques étroites de l'autre, celles où l'on entre en poussant une porte qui grince et où le commerçant vous reconnaît à la deuxième visite. Le Parlement de Bretagne, rescapé de 1720 puis ravagé par un autre incendie en 1994 et rebâti depuis, résume à lui seul cette manière rennaise de reconstruire sans effacer.
Le samedi commence aux Lices
S'il ne fallait retenir qu'une habitude rennaise, ce serait celle-là. Chaque samedi matin, la place des Lices et ses halles accueillent l'un des plus grands marchés de France : quelque trois cents étals où se croisent maraîchers, poissonniers, fromagers et producteurs venus de toute l'Ille-et-Vilaine. On n'y va pas seulement pour remplir un panier, on y va parce que c'est samedi, et la ville entière semble s'être donné le mot. Vous y croiserez autant de familles venues faire la semaine que d'habitués venus pour une seule chose, précise, qu'ils n'achètent nulle part ailleurs. Le rendez-vous est si ancré que les primeurs et les producteurs de l'agglomération calent leur semaine dessus.
C'est là qu'on comprend ce que la Bretagne met dans une assiette. Le blé noir d'abord, ce sarrasin qui a nourri la région pendant des siècles et qui se décline encore en galettes 🥞 dans toute la ville. Le beurre demi-sel ensuite 🧈, qui n'est pas ici une coquetterie mais un réflexe, et le cidre 🍏, qu'on sert en bolée plutôt qu'en verre. Et puis la galette-saucisse, emblème local que personne n'a jamais mangé assis : elle se tient d'une main, roulée, pendant que l'autre tient le café. La crêpe a essaimé bien au-delà de la Bretagne, mais c'est ici qu'elle a son berceau et ses règles.
Ce goût pour ce qui se mange debout n'est pas un détail pittoresque, il dit quelque chose de la façon dont on achète à Rennes. Le repas rapide n'y est pas une solution de repli quand on manque de temps : c'est un genre à part entière, avec ses exigences et ses habitués, et c'est le terrain naturel du snack et de la vente à emporter.
Une ville qui fait ses courses à pied
Rennes approche les deux cent vingt mille habitants et compte plus de soixante mille étudiants, ce qui en fait l'une des villes les plus jeunes de France. Elle est aussi la plus petite ville de France à s'être offert un métro 🚇 : la première ligne a ouvert en 2002, la seconde en 2022, et l'ensemble traverse une agglomération suffisamment compacte pour qu'une bonne part des trajets quotidiens se fasse sans voiture.
Ce mode de vie a une conséquence directe sur le commerce de proximité. On y achète peu à la fois, souvent, et presque toujours sur un trajet déjà prévu : en descendant du métro, en sortant du cours, en remontant du bureau. Le client qui n'a pas de coffre à remplir n'a pas non plus l'intention de patienter douze minutes au comptoir pendant qu'on prépare sa commande. Il repartira plutôt les mains vides, et le commerçant ne saura jamais qu'il est passé.
C'est exactement le point où le retrait sur commande change la donne, et il le change pour les deux camps. Le client récupère à l'heure qu'il a choisie, sans file et sans hasard. Le commerçant, lui, voit arriver la commande avant le coup de feu, ce qui lui permet de produire au bon rythme au lieu de subir la vague. Les commerces itinérants le savent mieux que personne : quand on tient un emplacement deux heures, chaque minute d'attente au comptoir est une commande perdue. Un food truck thaï des environs nous a raconté ses tournées, et il y revient à chaque réponse.
Commander à Rennes, puis passer prendre
Le principe tient en trois gestes, et il n'y a pas de quatrième. Vous choisissez chez un commerçant de Rennes ou des communes voisines, vous réglez en ligne ou en caisse selon ce qui est proposé, puis vous passez récupérer à l'heure convenue. C'est tout ce qu'Heustach fait, et c'est volontaire. Aucun intermédiaire ne s'interpose et aucune commission ne gonfle l'addition : ce que vous voyez affiché est ce que le commerçant a décidé, et rien ne s'ajoute entre les deux. Et s'il propose en plus de livrer lui-même, c'est encore lui qui fixe le tarif et qui l'encaisse en entier.
Concrètement, vous retrouvez ici les métiers qui vivent du passage et de la répétition : la boulangerie du coin de rue, le primeur, le traiteur, la crêperie, le snack, la remorque garée le midi devant une zone d'activité. Ce sont ceux pour qui une commande préparée à l'avance vaut mieux qu'une file d'attente, parce que leur clientèle a rarement plus de dix minutes devant elle. Vous ne subissez donc pas un délai décidé quelque part ailleurs : vous choisissez le créneau qui vous arrange, et le commerçant vous attend à ce moment-là.
Le click and collect à Rennes trouve un terrain particulièrement favorable, parce que la ville coche les trois cases qui le rendent utile : des trajets courts, des paniers fréquents, et une culture du repas à emporter qui n'a jamais eu besoin d'être inventée. Laisser commander avant l'ouverture du service est un réflexe qui vaut aussi bien pour une remorque sur un parking d'entreprise que pour une boutique de la rue Saint-Michel.
Pour celui qui vend, c'est le même geste vu de l'autre côté du comptoir, et c'est le pari d'Heustach : une vitrine en ligne sans abonnement, sans engagement et sans frais d'inscription, facturée 0,25 € HT par commande payée en ligne et rien du tout quand le client règle en caisse. Le commerçant garde ses clients au lieu de les louer, et notre page commerçant l'explique poste par poste.
Une ville qui a reconstruit son centre deux fois ne s'effraie pas d'une habitude qui change. Rennes a toujours acheté vite, à pied et de préférence à côté de chez elle : commander la veille et passer prendre en chemin ne fait qu'ajouter une minute de confort à un réflexe qui existait déjà. C'est aussi pour cela qu'Heustach se contente de poser une vitrine et de s'effacer, plutôt que de s'installer entre vous et le commerçant. Reste à savoir ce qui se prépare à trois rues de chez vous, et cela se vérifie en deux minutes.


