Le click and collect à Angers, capitale du végétal
La rivière qui traverse Angers s'appelle la Maine, et elle fait onze kilomètres. Onze. Née de la rencontre de la Mayenne et de la Sarthe, elle a juste le temps de passer sous les murs du château avant de se jeter dans la Loire. C'est peu pour une rivière, et c'est beaucoup pour une ville : tout Angers s'est rangé le long de ce court trajet, et le commerce avec.
Onze kilomètres de rivière, et toute une ville autour
Angers compte aujourd'hui près de cent soixante mille habitants sur un peu plus de quarante-deux kilomètres carrés, ce qui en fait une ville dense sans être écrasante, où l'on traverse le centre à pied sans y penser. La rivière sépare la ville historique de la Doutre, sur l'autre rive, et ce partage se lit encore dans les commerces : d'un côté les rues piétonnes et les enseignes, de l'autre des rues plus étroites où l'on pousse la porte d'ateliers et de boutiques qu'on ne trouve pas ailleurs.
Au-dessus de tout cela veille le château, forteresse du XIIIe siècle dont les tours de schiste et de calcaire rayent l'horizon. Il abrite la Tenture de l'Apocalypse, le plus grand ensemble de tapisseries médiévales connu, inscrit au registre Mémoire du monde de l'UNESCO. C'est le repère de la ville, celui qu'on donne pour se retrouver, et l'on n'a pas besoin d'en dire plus : ce qui se passe autour d'Angers aujourd'hui est autrement plus surprenant.
Cette géographie en deux rives a une conséquence banale et coûteuse : on ne traverse pas un pont pour rien. Vous irez volontiers de l'autre côté pour une adresse que vous connaissez et dont vous savez qu'elle a ce que vous cherchez, beaucoup moins pour aller voir. C'est le sort de tous les commerces situés du mauvais côté d'une coupure urbaine, et il ne se joue pas sur la qualité de ce qu'ils vendent.
La capitale européenne du végétal
C'est le titre qui devrait figurer sur les panneaux d'entrée de ville, et presque personne ne le sait en dehors du métier. Angers accueille Végépolys Valley, le premier pôle de compétitivité horticole européen, et le siège de l'Office communautaire des variétés végétales, l'organisme qui protège les nouvelles variétés à l'échelle de toute l'Union. Ici, on ne fait pas que planter : on sélectionne, on croise, on dépose des variétés, on exporte des semences 🌱.
Cette industrie discrète irrigue le commerce de détail bien plus qu'on ne l'imagine. Une ville qui vit du végétal a des fleuristes, des pépiniéristes et des horticulteurs en nombre, et une clientèle qui sait ce qu'elle regarde. On n'y vend pas un bouquet comme on vend un objet : il est monté à la demande, il ne se garde pas, et il est presque toujours destiné à une date précise.
C'est exactement pour ce genre de produit que la commande à l'avance a été inventée. La fête des mères concentre en deux jours ce qu'une boutique fait parfois en trois semaines, et un mariage d'été se prépare des semaines à l'avance avec une seule heure de retrait qui compte. Dans les deux cas, ce qui coûte au fleuriste n'est pas de composer, c'est de composer sans savoir combien.
Le végétal impose d'ailleurs un calendrier que peu de métiers connaissent. Les pics sont datés à l'avance et ne se rattrapent pas : la fête des mères, la Toussaint, la saison des mariages. Entre ces pics, l'invendu ne se stocke pas, il se fane. Savoir la veille combien de bouquets partiront demain vaut donc bien plus qu'un chiffre d'affaires supplémentaire : c'est la différence entre une belle journée et une poubelle pleine. C'est le premier service que rend Heustach, avant même d'être un canal de vente.
L'ardoise, le vin et ce qui finit sur la table
Les toits d'Angers sont bleus, et ce n'est pas une figure de style : l'ardoise de Trélazé, extraite à quelques kilomètres, a couvert la ville pendant des siècles avant de partir couvrir des toits bien au-delà de l'Anjou. Elle a même fini en confiserie. Le quernon d'ardoise, créé en 1966, est un carré de nougatine aux amandes et aux noisettes enrobé de chocolat bleu, et son nom vient du « quernage », le geste qui fend le bloc de schiste en morceaux réguliers 🍫. Peu de villes peuvent dire que leur spécialité sucrée porte le nom d'un geste de carrier.
Le vin, lui, n'a jamais eu besoin qu'on le présente. Les cavistes angevins servent un vignoble qui commence aux portes de la ville : les Anjou blancs et rouges, et surtout le Coteaux-du-Layon, dont on discute les millésimes avec le sérieux qu'on réserve ailleurs aux résultats sportifs. C'est un rayon où le conseil compte plus que le prix, et où l'on repart rarement avec ce qu'on était venu chercher 🍷.
Pour le reste, le marché d'intérêt national du quartier Saint-Serge rappelle qu'Angers est aussi une place de gros, par où passent les fruits et légumes de tout un bassin. Les primeurs de la ville s'y approvisionnent tôt, ce qui explique des étals renouvelés et des horaires qui commencent avant le jour.
Commander à Angers, puis passer prendre
Le principe tient en trois gestes. Vous choisissez chez un commerçant de la ville ou des communes voisines, vous réglez en ligne ou en caisse selon ce qui est proposé, puis vous passez récupérer à l'heure convenue. C'est tout ce qu'Heustach fait, et c'est volontaire. Aucun intermédiaire ne s'interpose et aucune commission ne gonfle l'addition. Et si le commerçant propose en plus de livrer lui-même, c'est lui qui en fixe le tarif et qui l'encaisse en entier.
Il y a un point commun entre le bouquet, la bouteille conseillée et le cageot de saison : aucun des trois ne se choisit bien dans l'urgence. Vous ne composez pas un bouquet de mariage en cinq minutes au comptoir, vous ne choisissez pas un Layon en regardant l'étiquette la plus proche, et vous n'achetez pas correctement des fruits en arrivant à la fermeture. Commander à l'avance rend au commerçant le temps de bien faire, et vous rend celui de ne pas attendre.
Dans une ville où l'on se déplace beaucoup à pied et en tramway, cela se traduit très concrètement. Vous passez prendre en rentrant, sur un trajet que vous faisiez de toute façon, et vous ne portez vos achats que sur les derniers mètres. Le créneau que vous choisissez est celui qui vous arrange, pas celui qu'on vous laisse.
Pour celui qui vend, c'est le même geste vu de l'autre côté du comptoir, et c'est le pari d'Heustach : une vitrine en ligne sans abonnement, sans engagement et sans frais d'inscription, facturée 0,25 € HT par commande payée en ligne et rien du tout quand le client règle en caisse. Le commerçant garde ses clients au lieu de les louer, et notre page commerçant l'explique poste par poste.
Une ville qui sélectionne des variétés végétales pour l'Europe entière sait ce que vaut le travail préparé longtemps à l'avance. Ses commerçants le savent aussi, et il ne leur manque souvent qu'un endroit où le dire. Reste à voir ce qui se prépare à trois rues de chez vous, et cela se vérifie en deux minutes.


